Démocratie à la russe : pouvoir et contre-pouvoir en Russie PDF

Sauter à la navigation Sauter à démocratie à la russe : pouvoir et contre-pouvoir en Russie PDF recherche La démocratie directe est un régime politique dans lequel les citoyens exercent directement le pouvoir, sans l’intermédiaire de représentants. Elle inspira de nombreux penseurs au cours des siècles, de Jean-Jacques Rousseau à Hannah Arendt et Cornelius Castoriadis. Certaines démocraties actuelles contiennent des éléments directs mais toujours dans le cadre d’un régime représentatif.


Le système politique de la Russie d’aujourd’hui s’apparente-t-il à une  » démocratie Potemkine  » qui masque à peine la réalité d’un pouvoir autoritaire ? Depuis la fin de la guerre froide, la guerre des images est devenue l’un des principaux terrains du déploiement des rivalités entre les puissances et dans cette guerre de l’information, les pays occidentaux – les Etats-Unis en tout premier lieu – ont ouvert le bal en instrumentalisant la question démocratique pour appuyer certaines orientations de leur politique étrangère. En outre, au-delà des jeux d’images et de représentations, le paysage planétaire des régimes politiques, encore récemment balisé par la distinction entre systèmes autoritaires (ou totalitaires) et systèmes démocratiques, est devenu fou. La frontière entre les démocraties et les régimes autoritaires est aujourd’hui de plus en plus difficile à tracer. Cet ouvrage a pour objet de retracer le chemin parcouru par la Russie dans son entreprise de démocratisation, de la tin de la perestroïka à nos jours (1989-2008). Il s’agit de livrer les données essentielles, systématisées dans des documents annexes, et de proposer certaines clefs d’ interprétation essentielles de l’évolution du système politique post-soviétique. Aujourd’hui, l’imagerie de la guerre froide, abusivement recyclée par les médias occidentaux toujours en quête de raccourcis simplificateurs, conduit à penser que la Russie de Poutine est une sorte de version capitaliste et consumériste de l’URSS de Brejnev… Pour tenter de nuancer cette vision, l’auteur de ces lignes cherche à étudier de l’intérieur la dynamique d’une démocratie à la russe, une démocratie non pas libérale mais d’essence plébiscitaire et non compétitive, marquée par l’héritage soviétique, mais aussi impérial. Cette singularité russe ne doit pas faire oublier que la démocratie post-soviétique n’en ressemble pas moins, à bien des égards, à nos vieilles démocraties d’Occident. Au-delà des formes institutionnelles et des habillages idéologiques. c’est une question fondamentale de la science politique, celle de l’articulation entre pouvoir et contre-pouvoir au sein des sociétés, qui se trouve aujourd’hui posée,  » à l’Est  » comme  » à l’Ouest « , dans toute son acuité et sa profondeur.

La désignation par tirage au sort, la rotation des mandats ou encore l’impossibilité de les renouveler constituent aussi des pratiques fréquemment associées à la démocratie directe. Athènes : dans l’Antiquité, c’est au pied de l’Acropole et du Parthénon, sur la place de l’agora, que se tenaient les assemblées de citoyens. Le tirage au sort était utilisé pour désigner des magistrats, ainsi que les membres de la Boulè, un conseil de citoyens représentant les différentes tribus, et ayant notamment pour charge de recueillir les propositions de loi présentées par les citoyens et de préparer les projets de loi. Une partie relativement restreinte des juges et magistrats étaient élus, pour des fonctions considérées comme exigeant des compétences particulières, et pour des mandats généralement limités à une année.

Les charges élues étaient plus généreusement rétribuée. Les charges électives étaient reconductibles aussi souvent que le peuple le décide à l’opposé des charges désignée par le sort. Certains émettent l’hypothèse que de nombreuses tribus d’autrefois aient éventuellement adopté un système de gestion collective des terres et des conflits sociaux résultant de la vie en communauté. Ce qui rapprocherait ce temps, si tant est qu’il a existé, d’une forme de  démocratie directe .

Dans les pays de culture germano-scandinave, le conseil dit du  thing , était l’assemblée des gens libres d’un pays, d’une province ou d’une subdivision administrative. Il y avait donc une hiérarchie de ces réunions coutumières. Il en fut de même, tout au moins à leur début, dans les républiques marchandes de la Méditerranée et à Novgorod. Europe, notamment en Suisse, en Allemagne, en France et en Italie. Elles furent accordées par les seigneurs ou par le roi moyennant finances, et parfois à l’issue d’insurrections populaires. Ces chartes prévoient des modalités démocratiques de gestion des communes, dont l’élection annuelle de magistrats par des assemblées communales réunies au sein des églises ou dans des espaces publics. La Révolution française fut l’occasion d’une pratique de la démocratie directe à travers le système des sections, d’abord à Paris, puis dans la plupart des grandes villes du pays.

L’idée d’un exercice direct du pouvoir par le peuple fut par ailleurs défendue par les sans-culottes et par ceux qui incarnaient ce mouvement. Lors de la Commune de Paris furent instaurés différents dispositifs de démocratie directe, tel que le mandat impératif et la révocabilité permanente des élus. Cette période révolutionnaire influença de nombreux penseurs et mouvements libertaires, et fut l’objet d’éloge de la part de Marx. D’autres grandes villes françaises comme Lyon, Bordeaux tentèrent la mise en place d’une commune de ce type.