De l’art d’être BOBO PDF

Figure de l’art d’être BOBO PDF pouvoir Nkisi, Musée de Birmingham. Homme Nok au pavillon des sessions, Musée du Louvre.


Il y a des détails qui ne trompent pas. Si vous avez des masques aborigènes dans votre duplex car vous êtes « très attaché(e) au dialogue des civilisations », si vous divisez la population en deux, « les beaufs » et vous-même, si vous êtes ravi(e) de votre dernière « super affaire » (une écharpe à -10 % de chez Zadig&Voltaire), Pas de doute, vous êtes bobo. Et même si vous ne vous reconnaissez dans aucun de ces « détails », Il est fort probable qu’un bobo sommeille en vous aussi. La preuve, en images.

L’art africain traditionnel, qui fut aussi appelé art nègre, se subdivise en une multitude d’arts locaux. Après les diverses indépendances, beaucoup d’Européens rentrèrent en Europe avec d’importantes collections et, peu à peu, ces dernières sont arrivées sur les marchés aux puces et dans les ventes aux enchères. La conservation d’œuvres d’art africaines en musée était autrefois inconnue sur ce continent, les œuvres ayant des vocations religieuses ou politiques. Paradoxalement, le fait que nombre de ces œuvres aient été conservées sur d’autres continents, notamment en Europe, a permis leur conservation. André Breton — et des rites complexes : cérémonies où se jouent la définition du pur et de l’impur, la perpétuation de la lignée, la légitimation des alliances, la force et la cohésion du clan.

Cependant les faux d’aujourd’hui font des ravages, car dans de nombreux villages africains les artisans sont passés maîtres dans l’art de patiner le neuf, d’autant plus que selon les experts il devient impossible de retrouver aujourd’hui une œuvre majeure sur le continent. L’Afrique reste cependant un gisement artistique naturel d’importance majeure, car d’un bout à l’autre de ce vaste continent il existe des milliers de tombes millénaires contenant encore des dizaines de milliers d’objets à découvrir. Aujourd’hui l’art africain est une mine inépuisable d’inspiration pour les créateurs qui le réinterprètent mais  hors de son milieu, retiré de son contexte, non seulement géographique mais aussi social, l’objet perd son identité culturelle. De la panoplie du « colonial » au mur du « collectionneur » associé aujourd’hui à l’art contemporain, on tend à oublier la relation de l’objet africain avec son milieu d’origine, faisant abstraction de l’évidente implication ethnologique . Pendant longtemps, il a été admis sans discussion que l’art africain était un art anonyme, un art dont les productions, régies par des préoccupations ethniques, religieuses et rituelles dominaient complètement l’individualité créatrice.

Pourtant, les recherches en ethnologie de l’art commencent à déconstruire ces préjugés. Ce processus crée une émulation entre les artistes qui sont distingués au sein de leurs sociétés respectives. La transmission des connaissances de père en fils produit parfois des familles de sculpteurs. Les progrès dans les techniques de datation permettent aussi de restituer la profondeur historique de cet art. D’autres ethnologues portent leur recherche sur les esthétiques africaines. La sortie de l’anonymat de l’art africain, son historicité et son rattachement à des valeurs esthétiques universelles sont liés à la découverte de fortes personnalités artistiques au sein même des sociétés traditionnelles.