Histoire et psychanalyse entre science et fiction PDF

Malgré des années de recherches, la grippe espagnole de 1918 demeure un mystère pour les scientifiques. 95 ans, un nouveau virus mortel ravagea brutalement le village de Histoire et psychanalyse entre science et fiction PDF Mission, en Alaska. Des corps que peu de survivants étaient prêts à toucher.


Précédé d’Un chemin non tracé par Luce Giard. Nouvelle édition revue et augmentée en 2002

Et on ne toucha plus aux victimes de la grippe espagnole jusqu’à 1951. Cette année-là, une équipe de scientifiques déterra les corps, ouvrit la cage thoracique de quatre des cadavres et préleva des morceaux de leurs poumons pour les analyser en laboratoire. Elle ne parvint toutefois pas à retrouver de trace du virus et jeta ces prélèvements. Près d’un demi-siècle plus tard, des chercheurs exhumèrent une autre victime du même site, une femme obèse au corps mieux conservé car en grande partie congelé. En 2005, une équipe acheva ce projet en séquençant le génome complet du virus. Les chercheurs ont trouvé assez facilement les origines des épidémies récentes comme la grippe A ou la grippe aviaire, ce qui leur a permis de mettre sur pied tout un arsenal de tests et de vaccins pour nous protéger. Mais un simple segment d’ADN peut faire beaucoup de dégâts.

Chose inhabituelle pour la grippe, les jeunes furent davantage affectés. Les poumons des victimes débordaient de sécrétions et leur peau, privée d’oxygène, se tachait et se décolorait. De nombreux malades souffraient de saignements de nez, parfois si violents que les infirmières devaient esquiver les jets de sang projetés par les narines. Ceux qui ne pouvaient guérir finissaient par se noyer dans les sécrétions de leur propre corps. Cette grippe fut terrible mais heureusement brève. Fin 1919, elle avait quasi disparu. Si les survivants et leurs enfants durent faire face à des problèmes de santé toute leur vie durant, ces années noires furent largement effacées de la mémoire culturelle.

Et il y a seulement cinq ans, des chercheurs ont exhumé au Royaume-Uni le corps de Sir Mark Sykes, un diplomate britannique tué par la grippe espagnole en 1919 et enterré dans un cercueil de plomb. Ils pensaient que celui-ci aurait protégé le corps, que les organes auraient pu être analysés et que plus d’ADN de la grippe aurait pu être extrait et décodé. Alors, où les scientifiques en sont-ils? Ils ne savent toujours pas grand-chose sur la grippe espagnole et cela les inquiète sérieusement.

Si John Oxford, qui dirigeait l’équipe qui a exhumé le corps de Mark Sykes, voulait étudier la maladie, c’était pour éviter une nouvelle pandémie de grippe, qu’il estime imminente. Théoriquement, mieux nous comprendrons les pandémies passées, mieux nous serons capables de prévenir et de traiter les prochaines. C’est l’objectif du docteur Jeffery K. Taubenberger, virologue à l’Institut national américain de recherche sur les allergies et les maladies infectieuses. Il a dirigé l’équipe de recherche qui a récupéré les tissus pulmonaires de la victime inuit. Et peut-être par sa prévalence mondiale, elle est devenue la grippe «fondatrice» de l’époque moderne. Avant 1918, un autre virus de la grippe était très probablement transmis d’homme à homme.