V.S.T., N° 81 : La santé en réseaux PDF

L’audience qui vient de s’ouvrir devant la 6e chambre correctionnelle de la Seine v.S.T., N° 81 : La santé en réseaux PDF’a pas attiré la foule, pourtant l’audience de ce jour-là risque de faire quelque bruit ! En effet, l’accusé se nomme Charles Baudelaire.


Comment naissent, vivent et meurent les réseaux ? Un réseau, c’est quelle surface ? Quelle étendue ? Un réseau doit-il être  » animé  » ? Le réseau est-il économie de moyens, résistance aux logiques trop instituées, nouvelle démocratie ? Faut-il rejeter les réseaux institués et imposés, aduler les spontanés. VST fait le point, donne la parole aux professionnels de santé concernés. La santé publique du XXIe siècle sera-t-elle communautaire, plus efficace, plus démocratique ?

Il est poursuivi en même temps que ses éditeurs pour avoir publié un recueil de vers jugé scandaleux : « Les Fleurs du mal ». Le président Dupaty énonce le motif de la poursuite : offense à la morale publique, offense à la morale religieuse. 2 volumes de critique d’art « Les Salons de 1845 et ceux de 1846, » ainsi que la traduction des « Histoires extraordinaires et des Nouvelles Histoires extraordinaires d’Edgard Poe. Par contre, Baudelaire occupe une place de choix dans les cercles littéraires. Des écrivains aussi célèbres et aussi différents que Victor Hugo, Flaubert et Barbey d’Aurevilly le considèrent comme leur égal.

Même parmi eux, il a une réputation d’originalité, de bizarrerie les Frères Goncourt en feront un portait corrosif et sans indulgence : « il est sans cravate, le col nu, la tête rasée, en vraie toilette de guillotine » on passe sur le reste très désobligeant. C’est donc ce personnage peu commun qui est ce jour là dans le prétoire, à la place des accusés, à son côté Me Chaix d’Este d’Ange, et près de lui son éditeur. Le procès intenté à Baudelaire n’est pas pour surprendre dans la situation politique de l’époque. Le Second Empire ne badine pas avec la moralité. Six mois auparavant Flaubert a été poursuivi, accusé lui aussi d’immoralité pour son dernier roman : « Mme Bovary ». Mais pour Baudelaire, les choses ne seront pas aussi faciles.

Le régime de Napoléon tolère un certain libéralisme dans les spectacles, dans l’opérette, dans les moeurs elles mêmes mais les écrivains lui sont fortement suspects. D’ailleurs, Victor Hugo n’a jamais cessé de le défier de son exil, sur son rocher de Guernesey. C’est pourquoi, après avoir échoué contre Flaubert, le ministère public songe à prendre une revanche toute trouvée contre Baudelaire, poète marginal, maudit, dont la réputation dégage une odeur de souffre. Baudelaire à son procès n’est pas en col de chemise ni en tenue de guillotine comme dépeint par les Goncourt, il porte un costume strict mais à l’agitation de ses mains on voit qu’il est inquiet, son regard étrange, visionnaire est habité. Poursuivre un livre pour offense à la morale publique est toujours chose délicate. J’ajoute que, dans l’affaire actuelle, l’auteur arrive devant vous, protégé par des écrivains de valeur, des critiques sérieux dont le témoignage complique encore la tâche du ministère public. Et cependant, messieurs, je n’hésite pas à la remplir.

Charles Baudelaire n’appartient pas à une école. II ne relève que de lui-même. Son principe, sa théorie, c’est de tout peindre, de tout mettre à nu. Le juge n’est point un critique littéraire, appelé à se prononcer sur des modes opposés d’apprécier l’art et de le rendre. Il n’est point le juge des écoles, mais le législateur l’a investi d’une mission définie : le législateur a inscrit dans nos codes le délit d’offense à la morale publique, il a puni ce délit de certaines peines, il a donné au pouvoir judiciaire une autorité discrétionnaire pour reconnaître si cette morale est offensée, si la limite a été franchie.